quinta-feira, junho 22, 2006
Gilles Deleuze face aux images en mouvement
Antes houve dois livros. Agora foi editado um CD
Excerpt d'un article paru dans l'édition du Le Monde, du 15.06.06
QU'EST-CE QUE le cinéma comprend à la philosophie, et vice versa ? Bien peu de philosophes ont tenté de répondre. Gilles Deleuze fut l'exception, « le » philosophe qui écrivit sur le cinéma ( L'Image-mouvement et L'Image-temps, éditions de Minuit, 1983 et 1985) et qui considéra les cinéastes comme des penseurs. Ces deux livres avaient été précédés de cours donnés à Paris-VIII-Saint-Denis, de 1981 à 1984, dans un baraquement au bord du périphérique. C'est une partie de ces cours (environ six heures sur des centaines) qui est aujourd'hui éditée en CD, sous la direction de Claire Parnet et Richard Pinhas.
Il ne s'agit pas d'une histoire du cinéma. Deleuze aborde le cinéma en termes d'images et de concepts, comme un mécanisme de la pensée, sans jamais faire référence aux théories sémiologiques, structuralistes ou psychanalytiques édictées par Jean Mitry, Roland Barthes, Christian Metz, Noël Burch ou Raymond Bellour. Il réinvente le cinéma par la philosophie, en partant de Bergson, et en particulier de son livre Matière et mémoire qui, rappelle-t-il, fut publié en 1896, un an après L'Arrivée d'un train en gare de La Ciotat de Louis Lumière.
Qu'est-ce qui unit Bergson et le cinéma ? D'abord l'analyse du mouvement et la découverte que celui-ci est une succession d'instantanés. Autrement dit : ce qui rend une image visible, ce n'est pas une lumière (venue, par exemple, d'un projecteur), mais une autre image, projetée avant ou après.
Fidèle à Bergson, Deleuze distingue trois types d'images-mouvement : l'image-perception, l'image-action et l'image-affection. Imaginez, dit-il, un cow-boy filmé de face, qui regarde l'horizon : c'est l'image-perception, celle des champs, contrechamps et panoramiques. Lorsque nous voyons ce qu'il voit, l'arrivée des Indiens à l'horizon : c'est l'image-action, celle du travelling. Et quand le cow-boy reçoit une flèche : c'est l'image-affection, celle du gros plan.
Ses analyses de séquences (entièrement orales, jugez l'exploit) sont un régal. « L'image-affection, c'est le gros plan, et le gros plan, c'est le visage », insiste-t-il avec passion, analysant les deux « pôles » du visage, selon qu'il désire, aime et hait, ou qu'il admire et pense (une scène du Lulu de Pabst lui sert de modèle pour montrer comment l'héroïne et Jack l'Eventreur passent insensiblement d'un pôle à l'autre, de l'émerveillement à la terreur).
(...)
Jean-Luc Douin
Excerpt d'un article paru dans l'édition du Le Monde, du 15.06.06
QU'EST-CE QUE le cinéma comprend à la philosophie, et vice versa ? Bien peu de philosophes ont tenté de répondre. Gilles Deleuze fut l'exception, « le » philosophe qui écrivit sur le cinéma ( L'Image-mouvement et L'Image-temps, éditions de Minuit, 1983 et 1985) et qui considéra les cinéastes comme des penseurs. Ces deux livres avaient été précédés de cours donnés à Paris-VIII-Saint-Denis, de 1981 à 1984, dans un baraquement au bord du périphérique. C'est une partie de ces cours (environ six heures sur des centaines) qui est aujourd'hui éditée en CD, sous la direction de Claire Parnet et Richard Pinhas.
Il ne s'agit pas d'une histoire du cinéma. Deleuze aborde le cinéma en termes d'images et de concepts, comme un mécanisme de la pensée, sans jamais faire référence aux théories sémiologiques, structuralistes ou psychanalytiques édictées par Jean Mitry, Roland Barthes, Christian Metz, Noël Burch ou Raymond Bellour. Il réinvente le cinéma par la philosophie, en partant de Bergson, et en particulier de son livre Matière et mémoire qui, rappelle-t-il, fut publié en 1896, un an après L'Arrivée d'un train en gare de La Ciotat de Louis Lumière.
Qu'est-ce qui unit Bergson et le cinéma ? D'abord l'analyse du mouvement et la découverte que celui-ci est une succession d'instantanés. Autrement dit : ce qui rend une image visible, ce n'est pas une lumière (venue, par exemple, d'un projecteur), mais une autre image, projetée avant ou après.
Fidèle à Bergson, Deleuze distingue trois types d'images-mouvement : l'image-perception, l'image-action et l'image-affection. Imaginez, dit-il, un cow-boy filmé de face, qui regarde l'horizon : c'est l'image-perception, celle des champs, contrechamps et panoramiques. Lorsque nous voyons ce qu'il voit, l'arrivée des Indiens à l'horizon : c'est l'image-action, celle du travelling. Et quand le cow-boy reçoit une flèche : c'est l'image-affection, celle du gros plan.
Ses analyses de séquences (entièrement orales, jugez l'exploit) sont un régal. « L'image-affection, c'est le gros plan, et le gros plan, c'est le visage », insiste-t-il avec passion, analysant les deux « pôles » du visage, selon qu'il désire, aime et hait, ou qu'il admire et pense (une scène du Lulu de Pabst lui sert de modèle pour montrer comment l'héroïne et Jack l'Eventreur passent insensiblement d'un pôle à l'autre, de l'émerveillement à la terreur).
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Jean-Luc Douin